Sur les pas du peuple tibétain...


Un voyage rouge et or en terre indienne

à Dharamsala


Itinéraires de vie .....

 

 Kunchok Sangmo, Gombutso sont deux nonnes

respectivement âgées de 82 ans et 73 ans. En fait, on

ne sait pas très bien leur âge exact.


Au Tibet, lorsqu’elles ont vu le jour, personne n’aurait

pu dire quel jour exact on était. Simplement, on se

souvient que c’était la douceur du printemps, la chaleur

de l’été ou bien la rudesse de l’hiver ou encore la

fraîcheur de l’automne. On se rappelle aussi, à cette

époque, des transhumances des troupeaux, du long

trajet pour rejoindre les marchés des grandes villes, de

la fête du Lozar (nouvel an tibétain) ou des soirées 

courtes, tous serrés les uns contre les autres dans

l’unique pièce, faite de boue séchée et de pierres.


A Mac Leod (Dharamsala), chacune d’entre elles occupe

une petite pièce sans eau courante, ni toilette, ni salle   

de bain, ni chauffage. Un lit, une table, un réchaud et

surtout l’extrême solitude les accompagnent, au jour le 

jour.

 

Elles ont fui le Tibet pour rejoindre le Dalai Lama, dans

l'espoir aussi qu’un monastère voudra bien les accueillir.

Et c’est là le paradoxe et le drame de ces deux 

femmes : aucun monastère n’acceptera de les héberger

car elles ne peuvent plus vraiment aider et nécessitent

au contraire, la présence occasionnelle de quelqu’un 

pour les seconder dans les tâches quotidiennes.


Il ne leur reste plus comme solution que de trouver un

semblant de logement et de survivre de la charité des

voisins qui est belle et bien présente.

L’une d’elle nous a confié qu’elle se sentait tellement

désespérée qu’elle songeait monter seule dans la

montagne et se laisser mourir en méditant et en priant.

 

Les baraques où elles logent sont éloignées de la ville et

pas faciles d’accès. Plus les logements sont éloignés,

moins ils sont chers. Plus ils sont hauts dans la 

montagne  et plus le froid est impitoyable et transperce 

tout.

Les toits sont faits de tôles ou de bâches en plastique.

Le sol est en terre battue parfois recouvert de restes de 

moquette ou de tapis. Les lits n’ont pas de matelas,

simplement une couverture recouverte d’un drap. Les

nonnes se couchent ainsi toutes habillées en tentant de 

se protéger du froid avec des tissus.


Un pépiement trouble le silence qui s’est installé. 

Gombutso se lève et soulève précautionneusement un

bout de laine qui protège une bassine de fortune.

4 petits oisillons affamés réclament leur pitance.

Et Gombutso s’active : elle émiette ce qui lui reste de

pain, le trempe dans l’eau et nourrit toute cette joyeuse

tribu avec un grand sourire. Elle dit qu’elle les a recueillis,

il y a une semaine. C’est un don du ciel et elle doit les

sauver et partage donc naturellement le peu qu’elle a.

 

Le temps s’arrête un instant. C’est tout simplement

incroyable. Avec rien, Gombutso donne tout. Avec rien, 

elle se dit heureuse, comblée même.

Bientôt, les petits, repus, s’endorment et la couverture 

les entoure d’une douce chaleur.

 Gombutso va se rasseoir et propose à qui veut, le reste 

du pain qui devait être son repas du soir.


Elles paient chacune un loyer de 250 roupies et 50 

roupies d’électricité. Elles reçoivent une aide

occasionnelle des services du Dalai Lama en exil de 500

roupies. Que leur reste il pour se soigner, se vêtir, se

nourrir ? Il n’y a pas de sécurité sociale, de pension,

d’allocations  diverses. Si les personnes âgées n’ont pas 

d’enfants, elles sont vouées à survivre grâce à la charité

publique. Leur sort est vraiment préoccupant.


   

                                                                                          

                                             Dharamsala, 28 octobre 2007


                                                                Véronique Debry


Tu t’appelles Tenzin comme beaucoup d’autres enfants là bas : ton lointain

pays qu’on appelle… le Tibet , cette terre vénérée de tes ancêtres, bafouée,

mutilée, meurtrie : quand la connaîtras tu ?


Car petit Tenzin, tu es exilé, réfugié, en marge et tu n’as pas encore deux 

ans…  Ta maman, Dolma est originaire de la région du Kham (région est du

Tibet). Sais tu que tes grands parents sont des fermiers, malheureusement

très pauvres et que ta maman n’a été scolarisée qu’une seule année, à

l’école de son village ?

Elle a pris les chemins de l’exil en 2004 avec ton papa. Elle était pourtant

déjà enceinte mais elle a bravé tous les dangers pendant cette longue

marche de… 51 jours, au travers des montagnes.


Arrivés au Népal, tes parents ont tenté de survivre mais ce fut un échec.

Ton papa s’est découragé et est retourné au Tibet laissant ta maman, seule

et sans argent.

Dolma a réussi à atteindre Dharamsala où elle a pu loger quelques temps au 

centre d’accueil des nouveaux réfugiés Tibétains. C’était inespéré car sinon il   

ne lui restait plus que les trottoirs de la rue pour te donner la vie…


C’est seule qu’elle a dû accueillir tes premiers sourires, elle fut seule aussi

pour prendre soin de toi, te protéger, se battre pour te garder avec elle. Tu

as failli être séparé d’elle et être pris en charge par un orphelinat car ta   

douce maman était sans ressources. Quelques semaines après ta naissance,

elle a dû quitter le centre et s’est trouvée complètement livrée à elle-même.

Te voilà devenu nomade, malgré toi : ta maman logeait là où elle pouvait.

Tu n’étais pas très difficile et tu t’adaptais partout. Mais il y a ce froid 

omniprésent, humide, mordant même. Il n’y a  pas de chauffage, juste

quelques couvertures et la chaleur de ta maman. Mais tu as décidé de 

survivre, non ! plutôt de vivre… et tu t’accroches à cette vie qui ne te fait pas

de cadeau, pourtant !


Ta maman finit par faire appel au monastère de Tsechokling. Emus par votre 

situation, les responsables décident de vous soutenir, toi et ta maman

en vous versant 3.000 Rs/ mois. Te voilà logé dans une minuscule chambre

sans fenêtre vers l’extérieur… Il n’y a pas d’eau courante, pas de chauffage.

Il n’y a pas non plus de lit pour toi. Qu’importe tu dormiras dans le même lit

que ta maman…Le drame de celle-ci est qu’elle n’a malheureusement reçu

aucune formation, ne sait ni lire, ni écrire et tant que tu es petit, elle ne

pourra pas  travailler car son maigre salaire ne sera même pas suffisant pour

payer la crèche.


Dis moi, Dolma, quel est ton rêve ?

« Je ne sais pas, je ne sais plus…  travailler avant tout. Vendre mes objets au 

marché. Rien de plus. Enfin si… donner à mon fils le meilleur : qu’il puisse

manger à sa faim, dormir au chaud, étudier »

Son beau sourire se voile un peu et toi Tenzin, tu joues avec les lacets de

tes chaussures car il n’y a rien d’autre avec lequel tu pourrais jouer…


Et si Tenzin était notre fils, notre petits fils… nous aurions peut être l’audace

de croire que la vie n’a pas tout son temps et que tout ce qui n’est pas donné

est perdu…..

                                                  Véronique Debry                                     

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